Nos territoires cultivent le tourisme

Publié le 02.12.2016
La culture est un facteur de l’attractivité territoriale. Comment le ministère accompagne-t-il les stratégies touristiques en région? À l’occasion des premières Rencontres du Tourisme Culturel, organisées le 16 décembre 2016, Cultures s’est penché sur quelques initiatives exemplaires.
Le tourisme culturel
Quai de la Fontaine, Nîmes, France - Angela Franklin

LA CULTURE, MOTEUR D’ATTRACTIVITÉ DES TERRITOIRES

Quelles sont les conditions pour dynamiser l’attractivité de nos régions? "Aujourd’hui, c’est un ensemble, une diversité de lieux, d’activités et d’événements culturels qui vont former une destination", relève Ariane Salmet.

"Aujourd’hui, d’après l’Organisation mondiale du tourisme, le voyage culturel et patrimonial représente 40 % du tourisme mondial, en progression constante", remarque Ariane Salmet, chef du département de l’éducation et du développement artistiques et culturels (Dedac) au secrétariat général, pour poser l’un des enjeux du colloque organisé par le ministère sur la question du tourisme. En région, le chantier est important : avec 20 % du territoire qui attire 80 % des touristes étrangers, "le défi à relever est de développer la fréquentation sur l’ensemble du territoire", ajoute Nicolas Monquaut, chargé de mission au Dedac.   

 

Ariane Salmet

Ariane Salmet, Cheffe du département de l’Éducation et du Développement Artistiques et Culturels (Dedac):

 "Pour près de 60% de la population, l'accès à une manifestation ou à un équipement culturel se fait dans le cadre d'un déplacement touristique. Le tourisme est donc un levier supplémentaire au service de la démocratisation culturelle."

ARTS VISUELS, LECTURE, PATRIMOINE... LE TOURISME CULTUREL EST D’UNE GRANDE DIVERSITÉ

Exemple avec la région Hauts-de-France, qui compte notamment 23 beffrois inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, 14 villes et pays d’art et d’histoire, 16 villes fortifiées, 3 centres culturels de rencontres, 37 sites de mémoire, et un réseau très fort de 48 musées baptisé "La région des musées". 

"Le Louvre-Lens, qui a reçu 1,4 million de visiteurs depuis son ouverture, l’inscription à l’Unesco du bassin minier et le tourisme de mémoire, sur les sites des deux guerres, sont les témoins de la reconversion du passé minier et industriel et les symboles forts de la dynamique culturelle insuflée ces dernières années", explique Colette Dréan, conseillère valorisation du patrimoine et archives à la direction régionale des affaires culturelles (Drac) Hauts-de-France. "Toutes nos actions de valorisation, rappelle-t-elle, contribuent à développer l’attractivité et donc, en résonance, le levier touristique."

Colette Dréan

Colette Dréan, Conseillère Valorisation du Patrimoine et Archives, DRAC Hauts-de-France :

"La région a développé son attractivité touristique ces dix dernières années grâce à son maillage fort. Avec les réseaux, l’offre est structurée entre sites, ce qui permet de mieux sensibiliser les professionnels du tourisme, de conduire des actions de promotion et même de stimuler la création, tels les projets de valorisation des grands sites de la mémoire minière."

LA VASTE ÉTENDUE DU TOURISME CULTUREL

Le patrimoine n’est pas le seul levier. En effet, la création contemporaine constitue, elle aussi, une opportunité touristique pour la pro- motion des territoires. Plusieurs régions et métropoles profitent ainsi d’un engouement réel pour des événements d’art et de création (expositions, foires, salons et biennales), et ce, malgré un contexte sécuritaire et économique difficile.

Les exemples emblématiques d’initiatives qui dynamisent la fréquentation des lieux culturels sont légion, comme Lille3000 avec +19 % pour Le Tripostal en 2015. Ou encore le Voyage à Nantes, qui a enregistré près de 1,7 million de visites entre le 1er juillet et le 28 août dernier, soit 35 000 de plus qu’en 2015. "Nous créons un parcours pour les touristes, nous mettons la ville en scène comme on le ferait d’une pièce de théâtre, c’est une façon littéraire d’entrer dans la cité", confirme Jean Blaise, directeur général de la programmation déployée au long de la Loire, de l’estuaire de Nantes à Saint-Nazaire. 

Béatrice Boisson

Béatrice Boisson-Saint-Martin Responsable du pôle Patrimoine Mondial - UNESCO - DGPAT

"L’inscription d’un site au patrimoine mondial de l’Unesco apporterait, l’année suivante, près de 20% de touristes en plus. La constitution du dossier de candidature, qui doit justifier la valeur universelle exceptionnelle du bien, permet de se mettre en capacité à recevoir des touristes et à établir un plan de gestion patrimoniale sur le long terme."

"Ces événements connus du grand public font souvent participer les habitants et créent de l’animation, de l’emploi et une cohésion du territoire", souligne aussi Maryline Laplace, cheffe du service de la coordination des politiques culturelles et de l’innovation (SCPCI).

Les grandes manifestations littéraires participent aussi à cette politique de développement du tourisme événementiel en région. "Le CNL aide les manifestations d’envergure nationale et internationale, comme le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême ; les Drac accompagnent le tissu des manifestations locales. Ces dernières œuvrent, par exemple, à des projets de rapprochement entre des bibliothèques et des of ces de tourisme", explique Thierry Claerr, du service du livre et de la lecture (SLL) à la direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC). Et d’évoquer la mise en tourisme des maisons d’écrivain – plus de 150 lieux littéraires en France, qui accueillent environ 900000 visiteurs par an. "La Fédération des maisons d’écrivain et des patrimoines littéraires a noué des partenariats avec le secrétariat au Tourisme et travaille actuellement sur la marque Qualité Tourisme."

Autres chantiers cités par Thierry Claerr : "La valorisation du patrimoine écrit et graphique des bibliothèques à travers des parcours scénographiés dans les établissements, comme au Scriptorial d’Avranches ou à la médiathèque du Grand Troyes, et davantage de participations à des parcours touristiques, telle la route du patrimoine écrit dans l’est de la France, de Sélestat à Wissembourg en passant par Strasbourg et Haguenau, qui se prolonge vers Mayence, au nord, et Bâle, au sud."

RENFORCER LA COOPÉRATION ENTRE PROFESSIONNELS DE LA CULTURE ET DU TOURISME

Pour une approche plus fine des publics touristiques, le Centre des monuments nationaux (CMN), qui ouvre à la visite près de 100 monuments classés en France, collabore étroitement avec les professionnels. "Afin de mieux répondre à leurs attentes, nous avons huit chargés de développement commerciaux implantés en région", détaille Élodie Grilli, cheffe du département du développement touristique et de la valorisation des espaces.

Elodie Grilli

Élodie Grilli Cheffe du département du Développement Touristique et de la Valorisation des Espaces

"Pour favoriser le développement touristique, le Centre des monuments nationaux noue près de 100 conventions de partenariat avec la SNCF ou la Fnac, en passant par les chèques vacances et les acteurs régionaux."

Pour les autocaristes, gestionnaires de billetteries, offices de tourisme, hébergeurs, etc., le CMN organise régulièrement des éductours (90 journées en 2015) pour présenter ses sites. Enfin, il diffuse aussi un manuel de vente disponible gratuitement en 10 langues pour les organisateurs de visites, et propose, sur un site Internet dédié aux professionnels, de télécharger des outils de promotion et d’acheter des billets en ligne.